Favoris

Le mouvement est-il meilleur que le repos pour le mal de dos ?

Le mouvement est-il meilleur que le repos pour le mal de dos ?

Pendant de nombreuses années, le repos était systématiquement recommandé en cas de mal de dos. Aujourd’hui, les données scientifiques ont profondément modifié cette approche. Les recommandations internationales sont désormais claires : dans la grande majorité des cas, le mouvement est préférable au repos prolongé.

Mais pourquoi ce changement de paradigme ? Et comment bouger quand on a mal ?

Le mal de dos : un problème fréquent

Le mal de dos concerne près de 80 % de la population au cours de la vie. Dans environ 90 % des cas, il s’agit d’une lombalgie dite “non spécifique”, c’est-à-dire qu’aucune lésion grave ou structurelle n’explique directement la douleur (Hartvigsen et al., The Lancet, 2018).

Pourquoi le repos prolongé n’est plus recommandé

Un repos très court peut être utile lors d’une phase douloureuse aiguë, mais les études montrent que le repos prolongé est associé à une récupération plus lente.

Waddell et al. ont montré dès les années 1990 que l’alitement de plus de 48 heures pouvait entraîner une diminution de la force musculaire, une augmentation de la raideur articulaire et une majoration de la peur du mouvement (The Back Pain Revolution). Ces facteurs sont aujourd’hui reconnus comme des éléments favorisant la chronicisation de la douleur.

Pourquoi le mouvement aide à soulager le mal de dos

Le mouvement agit sur plusieurs mécanismes clés :

  • Effets mécaniques et biologiques

Les structures de la colonne vertébrale, notamment les disques intervertébraux, dépendent du mouvement pour leur nutrition et leur hydratation. L’immobilité prolongée peut altérer ces mécanismes (Adams & Roughley, Spine, 2006).

  • Effets neurologiques

L’activité physique stimule les systèmes de modulation de la douleur et favorise la libération de substances analgésiques endogènes, comme les endorphines. L’activité physique régulière réduit l’intensité de la douleur et améliore la fonction chez les personnes souffrant de douleurs chroniques (Geneen et al., 2017).

  • Effets cognitifs et émotionnels

Bouger malgré une douleur modérée permet de réduire la peur du mouvement (kinésiophobie), un facteur fortement associé à la persistance des douleurs lombaires (Vlaeyen & Linton, Pain, 2000). Le cerveau apprend progressivement que le mouvement n’est pas dangereux, ce qui contribue à la diminution de la douleur.

Quel type de mouvement est recommandé ?

Il n’existe pas de mouvement universel idéal. Les recommandations actuelles insistent sur une reprise progressive et adaptée de l’activité.

Marcher, bouger dans les amplitudes tolérées, reprendre les activités quotidiennes normales et pratiquer des exercices de renforcement ou de mobilité individualisés sont généralement bénéfiques. L’important n’est pas la perfection du mouvement, mais sa régularité et son adaptation à la personne (O’Sullivan et al., British Journal of Sports Medicine, 2018).

Faut-il bouger dans tous les cas ?

Certaines situations nécessitent un avis médical rapide, notamment en cas de traumatisme important, de troubles neurologiques progressifs, de douleurs nocturnes inexpliquées ou de signes généraux associés. En dehors de ces situations rares, le maintien du mouvement est conseillé.

En résumé

Les données scientifiques actuelles montrent que le repos prolongé est rarement bénéfique en cas de mal de dos. Le mouvement, lorsqu’il est progressif et adapté, favorise la récupération, limite la chronicité et aide à mieux comprendre et gérer la douleur. Le dos est une structure robuste, conçue pour bouger, et non pour être immobilisée.

  • Hartvigsen J. et al. Low back pain series. The Lancet, 2018.
  • Waddell G. The Back Pain Revolution. Churchill Livingstone.
  • Haute Autorité de Santé. Prise en charge de la lombalgie commune.
  • NICE Guidelines. Low back pain and sciatica.
  • Geneen L.J. et al. Physical activity and chronic pain. Cochrane Database, 2017.
  • O’Sullivan P. et al. Cognitive functional therapy. British Journal of Sports Medicine, 2018.
  • Vlaeyen J.W.S., Linton S.J. Fear-avoidance and pain. Pain, 2000.

D'autres articles

Bouger ensemble pour mieux s’aimer

Bouger ensemble est une approche simple mais puissante pour entretenir la santé et nourrir la relation de couple. Les bénéfices de l’activité physique sont nombreux et se voient amplifiés lorsqu’ils sont partagés.

Lire la suite

L’activité physique est un antalgique naturel

L’activité physique est souvent perçue comme contre-indiquée lorsqu’on souffre de douleurs musculo-squelettiques. Pourtant, les données scientifiques montrent clairement que le mouvement régulier agit comme un véritable antalgique naturel, aussi bien dans les douleurs aiguës que chroniques.

Lire la suite

Les ventouses marquent la peau, mais libèrent les tensions

Les ventouses marquent la peau, mais libèrent les tensions ! Les ventouses, aussi appelées cupping therapy, peuvent laisser des ronds rouges caractéristiques. Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi les ventouses laissent ces traces, ce qu’elles signifient, et surtout comment elles participent à relâcher les tensions et à améliorer la mobilité.

Lire la suite